pour blog     La technique du MATELASSAGE déjà connue en Chine sous les dynasties Han (206 av. à 220 apr. J.C.) fut large-ment employée à Marseille dès le XIIIe siècle sur les grandes COURTEPOINTES (point contre point) de soie ou de coton qui selon les inventaires de l'époque cou-vraient déjà lits et berceaux.

 Trois techniques furent alors élaborées à partir du simple matelassage et opérées à   l’aide d’un MÉTIER À TAPISSER : simple cadre de bois pouvant être monté sur pieds ou posé sur des tré-teaux :

 

I- LE MATELASSAGE SIMPLE dont le CORPS DES TAPISSIERS eut le monopole de fabrication sous l'Ancien Régime et qui consistait à su-perposer trois couches d'étof-fes et à les relier entre elles au moyen de points avant, trouvait son utilisation sur les pièces recouvertes de petites SOIES (taffetas).

 

II- LA PIQÛRE OU LA BRO-DERIE DE MARSEILLE qui consistait à introduire un fin cordage (à effet de vermicel-les dans le goût maniériste) ou de plus fortes mèches entre seulement deux feuilles de textiles (coton ou futaine) préalablement ornées d'un décor effectué au point arrière ou au point de devant arrière. Voici ce qu’en dit   Charles-Germain de Saint Aubin dans son Art du bro-deur, publié en 1770 : « La broderie de Marseille se fait en piquant de petits points de fil blanc, tous les contours des compartiments ou fleurs dessinées en blanc sur de la batiste ou mousseline doublée d’une autre toile plus forte et tendue sur un métier ordinaire.

Quand tous les objets sont ainsi piqués, on retourne le métier, puis avec un poinçon ou la tête d’une grosse épingle, on insinue plus ou moins de coton filé entre les deux étoffes, par un petit trou fait à l’envers de chaque fleur, pour leur donner du relief. Quand on a ainsi rembourré tous les objets, en prenant bien garde de crever la batiste ou mousseline, on retourne le métier, puis on sème tous les fonds du dessin de nœuds de fil, faits à l’aiguille l’un après l’autre et très pressés, ce qui produit un fond sablé et des fleurs lisses assez agréables, surtout pour les meubles de bain. »

Ce type de broderie en relief sans fils flottants, parfaitement adapté au linge de toilette en a assuré le succès notoire. Elle trouvait son utilisation lors de la confection des très fines pièces recou-vertes de LIN ou de COTON réalisées par le CORPS DES BRODEURS FUTAINIERS ET COTONNIERS DE MARSEILLE qui du XIIIe siècle   jusqu’en 1765 détinrent le privilège de leur fabrication. Très renommées en raison de leur grande facilité d'entretien et de la possible personnalisation de leur décor, on les utilisait non seulement pour ornementer cour-tepointes et couvre-pieds de prestige mais encore pour rendre isolants les vêtements d'intérieur, ou absorbants les linges de toilette de layette ou de bain à une époque qui ignorait pratiquement les tissus "éponge".

Commercialement très attrayantes, les piqûres de Marseille destinées à l'exportation en Europe et dans les Iles de l'Amérique firent l'objet de contrefaçons par les tapissiers du Royaume de France et de succédanés de la part des Anglais qui dès 1760 lancèrent sur le marché des étoffes piquées façonnées mécaniquement au cours de leur tissage connues sous le terme de " Marcella" 

III- LA BRODERIE EMBOUTIE (broderie domestique en fort volume ne faisant pas l’objet de privilèges corporatifs) version simplifiée de la piqûre ou de la broderie de Marseille, à partir de la dissolution du corps des brodeurs conséquemment à la guerre de sept ans et à l’arrivée sur le marché des piqués façonnés anglais. 

Cette technique consistait à introduire d’épaisses mèches dans un décor réalisé au point avant.

Trois fois plus rapide ce type de travail fut fréquemment utilisé jusqu’à la première guerre mondiale par les femmes de pêcheurs d’anchois de Cassis et de La Ciotat et de petites unités artisanales disséminées sur les aires de rayonnement de la ville pour ornementer couvre-pieds et pièces de layette destinés à  la bourgeoisie marseillaise.

*La ville, à l’instar de Gênes et de Venise, était alors une république qui tirait de son actif commerce en Méditerranée, les cotons et soies du Levant, indispensables à son industrie de la voilerie et accessoirement à celle des courtepointes.

**lavage et lessivage des pièces sans recourir à une main d’œuvre spécialisée, repassage superflu.

*** voir inventaires princiers et notamment celui de Marie Leczinska, reine de France (1725), ou celui de la duchesse de Bourbon, princesse de Condé (1779).

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Le chauffoir est rattaché au rituel de l’accouchement, au cours duquel après passage à l'étuve, il servait à réchauffer la parturiente et hâter le croyait-on la délivrance placentaire.
Sous l'ancien régime, lorsqu'une femme de condition préparait ses couches, elle commandait aux brodeurs quelques douzaines de chauffoirs qui par leur ornementation à base d'enroulements de rinceaux en arbre de Jéssé et plus tard de paniers fleuris, portaient des souhaits de protection et de fructification symboliques, cependant que l’emploi de la grenade dans le répertoire décoratif symbolisait l’oubli de la douleur de l’enfantement.

Les toilettes ou petites toiles étaient à l'origine des sortes de nappes destinées à recevoir au « coucher » : colifichets, bijoux, affiquets, épingles à cheveux, rubans, dentelles, plumes, accessoires de parure, onguents et produits cosmétiques que l'on déposait pour la nuit sur une table.

On les utilisait également pour emballer dans des layettes (casiers) les vêtements ou les pièces d'étoffes de grand prix. Les pièces en piqûre de Marseille étaient très recherchées pour cet usage en raison de la facilité d'entretien de leur support de coton, et du prestige que leur conférait les clientèles princières.
Vers 1725, le trousseau de Marie Leczinska épouse de Lous XV, comportait de nombreux chauffoirs et toilettes en piqûre de Marseille.

Marie-José    EYMAR BEAUMELLE.

Expert en étoffes anciennes,

Membre du C.I.E.T.A

Le fil blanc n°27 - Juillet 2014