bouton de nacre

L’incroyable histoire du bouton de nacre à Méru

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Le bouton de nacre qui ornait autrefois les belles robes, les manteaux, les bottines ; que l’on trouvait également sur les vêtements plus intimes, tels les corsets, ou encore sur les layettes des bébés...

Ce joli petit bouton aux éclats doucement irisés, qui s’exportait sur tous les continents depuis Paris, le saviez-vous fait à   Méru, petite ville située à 60 kilomètres au nord de la capitale française.

C’est pourtant dans cette zone rurale, bien loin de la mer, que la nacre des coquillages exotiques était transformée entre les mains habiles des tabletiers qui s’adonnaient là, depuis le XVIIe siècle, à  une production d’objets en tous genres pour le compte des tabletiers parisiens : éventails, couvertures de missels, plaques de casino, brosses, passe-rubans, porte-plume et autres objets de la vie quotidienne ou du domaine du luxe.

La confection des boutons s’y est particulièrement développée au XIXe siècle parallèlement au développement de l’industrie textile et grâce à l’ingéniosité de Lucien Blondel, l’inventeur de la   « fraise à découper » méruvienne qui permettait de débiter les pions dans les coquillages à l’emporte-pièce.

À la fin du siècle, la localité était connue sous le surnom de « Capitale mondiale du bouton de nacre ».

Les usines s’étaient multipliées et certaines s’étaient équipées de moteurs à vapeur.

La production y était intensive et revendues dans le monde entier.

On comptait alors près de 6000 ouvriers boutonniers dans la région.

Les teinturiers ont apporté leur concours à cet essor et le bouton de nacre s’est paré des couleurs les plus vives.

Cependant, le XXe siècle avec ses guerres et une consommation à  outrance eut raison de cette activité florissante.

Dans les années 1950, la généralisation des matières synthétiques débouta le bouton de nacre déjà mis à mal par la concurrence étrangère.   Les ateliers fermèrent les uns après les autres.

De nos jours toutefois, si l’envie vous en dit, vous pouvez toujours apprécier la façon dont la nacre était mise en forme au sein d’un musée situé dans une ancienne usine et entièrement consacré au savoir-faire des tabletiers de Méru.

En effet, le Musée de la Nacre et de la Tabletterie fait revivre un savoir-faire en perdition.

Outre les salles d’exposition, on y trouve deux ateliers reconsti-tués à l’identique de ceux des tabletiers d’antan.

Celui consacré au bouton est encore actionné par une authentique machine à vapeur entraînant courroies et poulies dans un brouhaha éloquent rappelant la Belle époque.

 

domino meru

Ainsi, sous les yeux du visiteur ébahi, le personnel du musée procède, démonstration à l’appui,

à la fabrication d’un bouton en nacre.

La nacre, produite par certains  mollusques, tapisse l’intérieur de leur coquille.

Le choix de la matière première est très impor-tant : nacre blanche d’Australie, nacre grise de Tahiti, burgau de Madagascar, troca de Nouvelle Calédonie... Les provenances sont principalement concentrées dans les mers chaudes de l’hémis-phère Sud.

Autrefois, le transport se faisait par bateau puis en charrette.

La locomotive fut ensuite un meilleur moyen d’acheminement !

Une fois à bon port, les coquil lages étaient triés puis découpés.

Le découpage, comme la plupart des opérations de transformation, était effectué sur tours. Avec l’apparition de la motorisation, la fraise de Lucien Blondel avait évolué mais le principe restait le même.

Les pions, extraits les uns après les autres, constituaient un précieux butin qui équivalait à 30 % seulement du poids initial du coquillage, les résidus étant impropres à la production.

Sur la chaîne opératoire, le travail était poursuivi par le meuleur qui avait pour tâche d’écroûter le pion et d’en aplanir les surfaces.

Les pions étaient ensuite mis en forme grâce à des mèches profilées ayant pour rôle de mordre la matière pour lui donner un relief.

C’est de cette manière que l’on obtenait le bourrelet extérieur des boutons de chemise par exemple, que l’on appelle d’ailleurs des « boutons bourrelet » !

Pour aller plus loin et façonner un luxueux bouton de fantaisie pour corsage féminin, il était conseillé de graver le pion d’un motif tout en délicatesse résultant de l’incision de la meule et de la danse rythmée du tour à division

. Le perçage au touret de deux ou quatre petits trous offrait finalement au pion sa fonction de bouton ; mais en théorie seulement   car chaque couturière vous le dira : un bouton trop neuf coupe le fil ! Il était donc nécessaire de pratiquer un polissage poussé pour produire un bouton de qualité.

Les tabletiers boutonniers de Méru n’hésitaient pas à  multiplier les étapes.

Ainsi, le ponçage, le polissage à l’acide, le polissage à la sciure et le « réessuyage » s’étalaient sur trois jours.

Enfin lustrés, les boutons de nacre partaient bien par quatre chemins. Les plus beaux étaient cousus sur cartes à domicile par des femmes aux gestes experts et finissaient sur les vêtements de haute couture.

On se procurait ces boutons de premier choix en mercerie.

Les boutons de deuxième choix étaient employés dans le prêt-à-porter tandis que les boutons de troisième choix étaient exposés sur les étals des    marchés.

Les ratés de fabrication, représentant 10% de la production, s’en allaient couvrir les allées de jardin des environs.

Bien que le bouton de nacre connaisse un regain d’intérêt, plus jamais il ne sera autant soigné qu’il ne l’a été par les tabletiers boutonniers méruviens.

Leur savoir-faire transmis de génération en génération, de père en fils et de mère en fille, n’a aucun égal.

Cette tradition, exclusivement conservée au Musée de la Nacre et de la Tabletterie, permet toutefois de diffuser encore de somptueux boutons en nacre dans la boutique souvenir du musée !

Céline Louvet

Responsable Service pédagogique

Référent scientifique

 

muse meru

 

Le fil blanc n°30 - Avril 2015