Modes masculines,  influences,  emprunts  et   synergie

 

 

Les XVIIIe et XIXe siècles voient une lente et progressive amplification de la mode vestimentaire masculine.

En ces temps anciens, l’homme est autant«paré», si ce n’est plus, que la femme, et l’ornementation baroque puis Rococo est visible dans les arts de la fin du XVIIe siècle. Louis XIV en trouve une éclatante correspondance dans la mode masculine.

Le vêtement colle à l’histoire, à la politique et inversement. «Je crois voir la monarchie décroître à mesure que les vestes raccourcissent et se changent en gilet »nous dit Gabriel Sénac de Meilhan dans l’Emigré en1797.

Le célèbre trois pièces masculin apparaît cependant très tôt sous Louis XIV à la fin du XVIIe siècle et l’habit dit à la française avec ses bas de soie et autres ornements restera donc synonyme du faste français du grand siècle.

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Ce qui deviendra le complet veston du début du XXe siècle, s’intitulait au XVIIIe, culotte, veste et justaucorps pour l’équivalent du pantalon, gilet et redingote, un siècle plus tard. L’évolution des formes demeure cependant très lente et François de Garsault dans «l’Art du tailleur» paru en 1769 note encore «il y a déjà longtemps qu’on n'a rien changé à l’essentiel de l’habit complet français».

Le justaucorps (vêtement de dessus) devient finalement l’habit sous Louis XVI puis, redingote à col rabattu sous la Révolution, inspiré de l’anglais ridingcoat (vêtement d’équitation). Dessous, une veste qui perdra ses manches à la fin du règne de Louis XV, pour raccourcir et prendre le nom de gilet qui n’apparaît que tardivement dans le dictionnaire en 1664.

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Plus symptomatique encore, la culotte, symbole de l’ordre ancien, va s’allonger et son antithèse, le sans-culotte ou futur pantalon est, rappelons-le, le vêtement du labeur en opposition à l’oisiveté royaliste. L’habit, sous l’impulsion révolutionnaire, va inversement raccourcir et devenir carmagnole, toujours dans le sens d’une plus grande aisance de mouvement à la fois lié aux idées de liberté mais aussi, dès 1770, à l’influence anglaise où les pratiques sportives, dont l’équitation, sont plus développées qu’en France.

La Révolution française impose donc de nouveaux codes vestimentaires et redéfinit en ce sens la masculinité avec des vêtements plus près du corps qui, conjugués à l’Anglomanie, vont durablement marquer une silhouette masculine plus élancée, sportive et adaptée au quotidien du futur homme moderne.

Au XVIIIe siècle, l’opulence extérieure des habits d’apparat cachait souvent un assemblage et un montage médiocres, faits à partir d’étoffes réutilisées de vêtements plus anciens et ce même parmi les élites, les  étoffes de qualité coûtant fort cher.  Seuls les vêtements plus fonctionnels et destinés à être lavé étaient cousus plus solidement comme les chemises.

La fabrication des vêtements était historiquement régie par les corporations. La plus ancienne, celle des tailleurs, composée uniquement d’hommes, coupait et montait essentiellement des habits masculins, des corps à baleine et tenues de cour.

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L’autre corporation, celle des couturières, qui obtint par lettre patente de 1781 l’égalité des droits face aux tailleurs, modifie substantiellement les modes vestimentaires.

La simplification de la mode pour les hommes s’accélère avec la naissance de la corporation des marchands de mode à la fin du XVIIIe qui, avec les agréments de robes (falbalas), place la femme au centre de toutes les attentions.

Parmi les plus célèbres, Rose Bertin, «Ministre des Modes» de MarieAntoinette, ou encore Louis Hyppolite Leroy pour l’impératrice Joséphine, sont les dignes précurseurs des grands couturiers du XXe siècle qui réservent la mode à la gente féminine.

La fin du XVIIIe siècle et les profonds changements de la société fixent durablement de nouveaux usages vestimentaires, débarrassés des lourdeurs de l’ancien régime.

Dès le règne de Louis XVI, les rayures et les motifs géométriques remplacent souvent les fleurs. L’anglomanie et le goût pour le naturel et les lignes néo-classiques, favorisent, avec les fracs, redingotes et autres gilet à coupe droite, un vestiaire masculin plus décomplexé et même inspirateur des modes féminines.

On voit les élégantes du Directoire ou de l’Empire se parer de cols à la Hussarde, de brandebourgs ou encore réadapter des coupes masculines telles que les robes redingote ou les spencers initialement lancés par Lord George Spencer (1758-1834) qui coupa les basques de son manteau. Les exemples en ce sens ne manquent pas, notamment les manches Mamelouk inspirées des cavaliers égyptiens intégrés à l’armée Napoléonienne.

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De manière générale, plus les pratiques sportives augmentent dans la société, plus les vêtements réclamant de l’aisance empruntent leur coupe au vestiaire masculin. L’exemple le plus probant restant les tenues d’amazone sous les premiers ensembles de bain à la fin du XIXe siècle.

Si les valeurs bourgeoises du XIXe siècle, favorisant l’ordre, l’épargne et le mérite sont en rupture avec l’oisiveté du siècle précédent, elles vont, néanmoins, définitivement structurer des codes vestimentaires masculins de manière beaucoup plus stricte.  Hormis quelques cas particuliers, tel que le Dandysme à l’époque Romantique, l’identité et l’autorité masculines au XIXe siècle se cristallisent sobrement autour de couleurs foncées et bien souvent le noir. 

Sous le second Empire les codes bourgeois interdisant à l’homme de paraître, seule la femme «enseigne de l’homme» à travers ses toilettes, symbolise la réussite de son mari.

Serge Liagre
Villa Rosemaine

fil blanc n°31 juillet 2015