La Foire de Beaucaire

beaucaire

Notre costume provençal est le témoin vivant de notre histoire.

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Les routes de la soie ouvrent les portes du commerce avec l’Orient, jusqu' aux Levant et du Levant, par bateau, jusqu’au port de Marseille

.Des historiens veulent que le comte de Toulouse, Raymond VI, ait donné le jour à cette fabuleuse Foire, au mois d’avril 1217. 

 Cette foire est franche. Le Tranumpt ou lettres patentes de Louis XI conforment aux termes de la Charte de Louis le Hutin, confirme que les habitants de Beaucaire peuvent chaque année, à la fête de Sainte Marie-Madeleine et les trois jours suivants, vendre ou acheter toutes sortes de marchandises, quel que soit l’endroit dans la ville, avec des personnes de tout horizon : pas de péage, pas d’impôt et sans contrôle d’aucun individu.

Beaucaire livre alors des batailles incessantes contre les villes de Pézenas et de Montagnac prétextant que cette foire, ayant lieu à  la même époque, leur portent un préjudice financier.

En1632, le commerce du drap bat son plein et Beaucaire devient pour quelques jours

' la  capitale du Languedoc ".

Au XVIIIe siècle, nous relevons qu’il passait à Beaucaire une moyenne de 100 000 étrangers à   chaque foire.

Les relevés de 1769 accusent même 120 000 personnes.

Mais l’hiver 1788-1789, ayant fait périr les oliviers dans le La-guedoc et la Provence, change l’image de la foire qui se ressent de la misère publique.

Dans les dix dernières années de l’Ancien Régime et les dix premières de la République, le montant des marchandises vendues annuellement atteint des sommes faramineuses en l’espace d’une dizaine de jours, rivalisant avec la foire de Marseille.

Cette somme est acquise, le plus souvent au comptant ; il y a  de quoi être fort impressionné par l’ampleur du marché et les gravures sont les témoins objectifs de ce moment mémorable du mois de juillet, dans la ville de Beaucaire.

À l’avènement du premier Empire, l’état de guerre continuel, le blocus continental amènent un resserrement des affaires, que viennent augmenter des transformations dans l’aménagement des moyens de transport de la région.

En 1805, le canal du Midi prolongé, par Sète et Aigues-Mortes, jusqu’à Beaucaire, unissant ainsi la Garonne au Rhône, ce qui facilite la circulation de la marchandise non accompagnée.

En 1830, le pont suspendu rejoint Beaucaire à Tarascon. Il marque un désir certain de relier les deux Provences : l’ancestrale du Roi René et la médiévale de Raymond VII. 

La foire de Beaucaire commence lentement à décliner : location des magasins trop élevée, durée de la foire trop courte pour les négociations et le pont suspendu va permettre d’ouvrir une autre voie de communication plus fiable (la route) avec la ville de Marseille qui est en train de devenir une capitale du commerce maritime.

Tarascon a tout à y gagner puisque cela créer du passage pour les Languedociens voyageurs. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, les « choses » vont vite !

En 1852, ce sera l’inauguration du viaduc Beaucaire-Tarascon, qui soudera l’un à l’autre les deux réseaux du Midi et du P.L.M et consacrera, dans une proportion plus large encore, l’indépendance de la marchandise isolée.

La venue du train accélère les us et coutumes et malgré l’accord impérial de 1858 concernant cinq trains de plaisir pour ce grand moment Beaucairois, la Foire est délaissée. 

En 1868, un nouvel épisode illustrant la désaffection de la foire de Beaucaire fait réagir la commune par la voix d’Auguste Blaud : « Tout en respectant leur décision... je crois devoir cependant, Monsieur, vous faire connaître les lettres que nous ont écrites à ce sujet plusieurs Maisons, des plus importantes, soit de Lyon, soit de Marseille, qui ont publié au contraire qu’elles continueraient à venir sur notre marché, mais cette fois avec un assortiment complet de marchandises. »

La foire résiste ! Avec son mouvement de foule, les marchands, les calèches tirées par de magnifiques chevaux, les parfums qui nous transportent dans un autre monde

Tous les sens sont en alerte ! Les couleurs, les odeurs, les saveurs venues d’au-delà des mers et des monts font planer sur Beaucaire une nuée exotique.

Se vend toutes sortes de marchandises et les noms des rues de la ville maintiennent la mémoire de ces ventes : rue des Bijoutiers (brodeurs, chapeliers, tailleurs), rue Salengro (les tonneaux, la vaisselle, les amarines), rue Na-tionale (le mobilier, les lits).

 Est vendu sur bateau au bord du Rhône le charbon de pierre.

Sur la façade de l’Hôtel de ville, les aunes (barres métalliques) scellés dans la pierre gardent en mémoire les coupes des diffé-rents métrages des tissus « d’ailleurs ».

Les imprimés foisonnent de motifs du Boteh ou Palme, carac-téristiques du genre cachemire et persan, qui apparaîtra en Europe dans le dernier quart du XVIIIe siècle (1770), au cours des premiers voyages en Indes et en Orient.

Et nos belles arlésiennes se laissent aller au plaisir de porter cette étoffe plutôt que cette autre, en harmonie avec leur silhouette, la couleur de leurs yeux ou de leur chevelure. 

Pourtant, la Foire de Beaucaire, lien essentiel entre la Provence et l’inconnue orientale, s’est doucement évaporée dans le ciel azur de la vallée du Rhône.

Seules les farandoles chatoyan-tes continuent de danser...

Elizabeth Blaud-Costes

Auteur  de « Epopée  du costume  provençal, de l’ Orient à la Foire de Beaucaire, de l’ Antiquité à nos jours ».

Le fil blanc n°28 - Octobre 2014